Philosophie

La Voie du Kung Fu, entre pouvoir, vouloir et savoir

 

Mon histoire est bien banale, pas de quoi écrire un livre ou faire un film. Je n’ai pas combattu d’ennemi lors de missions secrètes, je n’ai pas vécu dix ans sur une montagne et jamais personne n’a tenté de m’empoisonné. Je ne suis pas un héros. Voilà maintenant 20 ans que je pratique le Kung Fu. J’ai débuté les arts martiaux à l’âge de 17 ans, en quête de discipline, d’équilibre, de confiance. Je vivais à ce moment une période difficile. En fait, je ne savais probablement pas qui j’étais, ni qui je voulais être. Banale histoire de bien des adolescents en quête d’identité. Le Kung Fu est devenu rapidement un mode de vie. J’en pris la décision alors que j’étais attablé dans un bar sur Saint-Denis avec des amis. Je n’arrivais plus à écouter les conversations tellement ma tête réfléchissait. Je n’aimais pas la personne que j’étais et je voulais changer. J’ai marché jusque chez moi, à Laval et je suis rentré me coucher. Le lendemain, je pris ma voiture et mon uniforme de Kung-Fu pour me rendre au chalet de mon père pour m’entraîner seul avec moi-même durant une fin de semaine. Je revins ensuite à mes activités normales, rien ne semblait en apparence avoir changé à part que je venais de décider que le Kung Fu serait ma Voie.

Aujourd’hui, j’en sais beaucoup plus sur moi-même et sur les autres. Je crois être une meilleure personne et je vis très bien avec moi-même. Voici ce que j’ai découvert :

Le Kung Fu est une science humaine appliquée dont le cobaye est soi-même. Cette science forge le pratiquant aux 3 principes importants afin de trouver et accomplir sa propre Voie dans la vie. Le pouvoir, le vouloir et le savoir.

Le pouvoir

La pratique du Kung Fu m’a d’abord appris qui j’étais. En utilisant son corps pour relever des épreuves physiques, on apprend rapidement à connaître sa capacité. J’aime beaucoup observer les nouveaux étudiants qui essaient le cours pour la première fois. Ceux qui essaient de suivre l’intensité de mon instructeur finissent presque tous par s’asseoir, victimes de nausées et d’étourdissement. C’est normal et même très sain. Cela prouve qu’ils ont la volonté mais qu’ils ne connaissent pas leur capacité. C’est la première leçon que l’on apprend dans les arts martiaux. Se connaître soi-même, sa capacité. Le travail sur soi peut commencer, le but étant de graduellement augmenter sa capacité.

Puis la pratique du combat permet ensuite de comprendre qui nous sommes par rapport aux autres. Il ne suffit pas seulement d’apprendre des techniques de combat, mais bien de les intégrer et de les adapter à notre corps, notre capacité et à notre nature. Ce qui fonctionne pour un ne fonctionne pas nécessairement pour l’autre, pas de la même manière, pas au même moment, pas avec tout le monde. Tout comme dans nos rapports avec les autres dans la vie en général. Combien de conflits éclatent parce que les gens ne se comprennent pas et ne comprennent pas les autres?

Le vouloir

La pratique du Kung Fu m’a également appris le pouvoir de la volonté. Peu importe ce que l’on veut réaliser dans la vie, sans la volonté c’est impossible. S’améliorer, c’est long et pénible. Lorsque l’on s’entraîne, on ne perçoit pas notre progrès instantanément. Souvent, les gens abandonnent leurs projets lorsqu’ils ne voient pas les résultats tout de suite. Le vouloir est une attitude, un état d’esprit. Tout est dans la façon dont on s’entraîne. Il faut être intense, persistant, patient, équilibré. J’ai eu le privilège d’enseigner à toute sorte de gens. Plusieurs m’ont donnée des leçons de la puissance de la volonté. J’aurai toujours en mémoire cet entêté qui se présenta un soir à mon cours sans la moitié de sa boîte crânienne suite à un grave accident. Amaigri, atrophié après avoir été alité trop longtemps entre la vie et la mort, je l’ai vu pleurer de rage quand il constatait qu’il avait perdu toutes ses capacités qu’il avait mis tant d’effort à acquérir. Tant d’effort et de rage seulement pour soulever sa jambe. C’était donc ça la volonté. La volonté de vivre et de faire quelque chose avec sa vie.

Le savoir

On peut, grâce au pouvoir de la volonté, réussir à augmenter considérablement ses capacités. En devenant fort, solide, rapide, souple, nos techniques deviennent utilisables. Mais dans le Wing Chun, les principes sont plus importants que les techniques. Lorsque je pratique le combat, si on m’arrête pour me demander ce que je viens de faire, je suis souvent incapable de répondre de manière précise. Mon corps a assimilé des principes et il répond en appliquant des techniques, c’est aussi simple que ça. Cela ne s’enseigne pas, cela s’acquiert. Voilà pourquoi on appelle cela un art martial. C’est inimitable, c’est mon savoir-faire. Les principes que j’ai assimilés grâce au Kung Fu font partie de ma personne. À moi de les appliquer avec sagesse et discernement.

L’exercice de mon métier me permet d’en apprendre encore tous les jours sur moi-même, sur les autres, sur la vie.

 

Et vous, qu’est-ce que le Kung-Fu vous apportera ?

Mes étudiants, peu importe leur niveau, apprendront à connaître leur pouvoir, c’est-à-dire comprendre leurs capacités et sans cesse repousser leurs limites. Ils apprendront aussi qu’avec leur volonté, le vouloir, ils peuvent accomplir ce qu’ils veulent. Ce qu’ils seront capables de d’accomplir deviendra une partie d’eux, se sera leur savoir, se sera leur Kung Fu.

 

Sifu Yannick Gravel

 

 

 

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